Ces instants qui changent une vie.

Publié le par teparlerdemavie

Ces instants qui changent une vie.

Lors de ma dernière séance, ma psy m’a dit : « Dès que les mots "lutte", "carapace", "armure" ou "bataille" sortent de votre bouche, prenez-les avec douceur et déposez-les symboliquement à vos pieds.

 Et changez de mots, remplacez-les par un vocabulaire positif. »

Je devais donc « déposer les armes » à mes pieds et me débarrasser de mon armure. Et dès que je me sentais "nue" car fragilisée sans ma carapace, visualiser une force intérieure puissante dans mon corps de femme (et reléguer ce corps de chevalier du moyen-âge ferraillé de la tête aux pieds, auquel je m’étais attachée, au fond d’un placard poussiéreux d’où il ne devait plus sortir).

Mais comment déposer les armes alors que la guerre fait rage en moi ?

Je bataille depuis des années pour lutter contre les ombres menaçantes qui m’assaillent de toute part. Elles grandissent vite, s’élargissent à toute allure au-dessus, en dessous et autour de moi, elles m’enveloppent et me terrifient.

Ces ombres, c’est le passé, le ressenti d’une petite fille abandonnée et traumatisée. Ces ombres sont ma chimère, cette chose monstrueuse qui m’inspire l’épouvante.

J’apprends à comprendre qui elles sont et pourquoi elles me retiennent au creux de leurs sinistres bras.

Et j’entends et comprends enfin de quoi elles se nourrissent : elles se nourrissent de ma culpabilité.

Cette culpabilité qui me ronge depuis toutes ces années. La culpabilité du survivant.

Un jour j’ai eu un frère. Il est parti, je suis restée. Je ne l’ai pas choisi… ou peut-être que si…

La séance se termine. Je retourne à ma voiture, mes peurs toujours aussi tenaces mais imperceptiblement  fragilisées, un début de craquèlement à peine visible à la surface qui me paraît de bon augure. J’ai alors une pensée pour ceux qui vivent, jour après jour, avec leur drame à fleur de mémoire et cette culpabilité du « Et si… ? », « pourquoi lui et pas moi ? », cette culpabilité qui grignote chaque parcelle de ton âme et t’empêche de vivre heureux tout simplement.

Et puis, j’allume ma radio, écoute du jazz avant de basculer sur les infos. Et là, l’horreur, l’indescriptible horreur.

Cette séance, c’était le mercredi 7 janvier à 11h30.

 

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Publié dans Te parler de ma vie.

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PetitDiable 14/01/2015 09:19

très touchant ton billet.

teparlerdemavie 14/01/2015 09:56

Merci.

Marie Kléber 13/01/2015 15:10

Il est très difficile de déposer les armes, de laisser sa carapace sur le bord de la route. Mais c'est un acte libérateur sans pareille.
Quelques fois la vie nous envoie des signes, peut-être que cette atroce coincidence en ai un.

teparlerdemavie 13/01/2015 18:38

Merci vraiment pour ton message, il m'ouvre à de nouvelles perspectives.

Paski 13/01/2015 11:31

Ouch !
Terrible coïncidence !! Tu penses que le craquèlement de ta carapace va tout de même continuer son chemin ?

teparlerdemavie 13/01/2015 12:05

J'espère... ça y a mis un violent coup d'arrêt mais petit à petit, ça semble se calmer.
J'ai surtout eu, ces derniers jours, une pensée pour tous les "survivants" qui vont devoir, pour certains réapprendre à vivre. Car ça n'est pas toujours simple d'être celui qui vit.
Merci pour ton message.
Bise