De la difficulté de changer.

Publié le par teparlerdemavie

De la difficulté de changer.

En me racontant, tout au long de cette semaine, j’ai pris conscience de ma difficulté à changer, à faire bouger mes lignes, à dépasser les étiquettes qu’on m’a collés sur le front dès ma naissance et qui ne m’ont plus quittés tout au long de ma vie, jusqu’à ce que je comprenne la nécessité absolue de passer au-dessus de ces freins, de grandir, d’avancer la tête haute (et non basse comme si je m’excusais d’exister) et d’y croire.

De croire en moi et non d’attendre des autres qu’ils me guident vers ce qui est le bien ou le mal. De croire en la justesse de mes propos, de mes convictions et mes sentiments, en cessant de me dédire lorsque ceux dont je me sens si dépendante m’accusent de mentir, d’être fausse, de porter un masque souriant pour cacher ma vraie personnalité.

J’ai un sens aigu de l’injustice et je sais qu’elle vient du nombre incalculable de fois où, dans ma famille, on a remis ma parole en doute alors que je parlais avec une franchise absolue. C’est troublant d’être perçue comme une personne différente de celle que l’on est vraiment, c’est limite schizophrénique car tu en viens à douter de toi et ne plus savoir qui tu es vraiment.

Suis-je la menteuse compulsive qui joue un rôle tout au long de ses journées pour paraître autre ? Ou suis-je celle que je pense être tout au fond de moi avec une fragilité et une sincérité qui doivent être bien effrayantes pour qu’on ait envie de les détruire ?

Chaque jour j’apprends de moi. C’est comme une naissance. Je me regarde en face et pour la première fois, je ne rougis pas de qui je suis. Non, au contraire, je souris tant le bonheur est écrasant de m’apercevoir que je suis loin de la mégère que ma mère avait vu dès ma naissance.

C’est libérateur, vivifiant et j'ai juste envie de crier sur tous les toits à quel point je suis une bonne personne et comme j'ai envie de faire le bonheur autour de moi. Ce besoin d’aimer, de donner, de pardonner est tellement criant, comment n’ont-ils pas pu le voir ? Pourquoi n’ont-ils pas profité de tout ce que j’avais à leur offrir ? Pourquoi ont-ils préféré me juger, me cloîtrer dans la case « rejet » en refusant catégoriquement de m’en libérer au lieu d’accueillir et de profiter de tout ce dont j’étais capable de leur apporter.

C’est fou, j’étais une bonne élève et ils ne s’en sont jamais enorgueillis, j’étais droite dans mes postures, obéissante et ils n’ont fait que me briser, ils ont détourné les yeux de moi et ont refusé de me voir telle que j’étais. Quel gâchis ! Ils sont passés à côté de moi et m’ont laissé m’étioler dans un coin.

Je dois m’accorder le droit de vivre libre, m’autoriser à changer sans penser que par cet acte je renie mes parents. Je suis si souvent comme une petite fille qui se sent un devoir envers eux. Dans ces instants-là, l’adulte que je suis ne fait pas le poids face à ce monstre gigantesque qui est l’allégeance familial. Et ce, même si jusqu’à récemment, je n’ai fait qu’en souffrir. Il y a une puissance derrière ce sentiment qui me perturbe encore aujourd’hui. Qu’ont donc bien pu faire mes parents pour m’asservir à ce point ?

Pourquoi nos parents ont-ils une telle emprise sur nous ? Est-ce parce qu’on leur doit la vie ?

Aujourd'hui, j’apprends à décoller cette étiquette et ça n’est pas une partie de plaisir. Pour parvenir à renier les paroles de mes parents, celles qui étaient prononcées sous le coup de la rancœur et non de l’amour, je dois d’abord les entendre et accepter leur existence. C’est un premier pas nécessaire. Et ça fait mal… mais pas autant que je le croyais. Je remplis mon réservoir d’empathie pour comprendre sans jugement ce qui les a poussés à agir ainsi. Tout n’est pas compréhensible mais j’entrevois les raisons de tels actes et j’en perçois surtout la souffrance. L’immense souffrance. Lorsque le mot est lâché, toute mon amertume s’effondre. Elle ne pèse plus sur mon corps et mon cœur, elle gît sans vie, à mes pieds et perd tout à coup son pouvoir de faire mal. Je ne ressens alors qu’un bon gros point chaud au milieu du cœur, un bon gros point chaud qui le fait battre, me redonne vie.

Changer demande des efforts et beaucoup de patience mais après tout, j'ai tout mon temps. J'ai le reste de ma vie pour apprendre à me connaître et prendre du plaisir à être moi-même. Le plus dur est derrière moi, me reste le meilleur à connaître.

Je dois laisser partir mes vieux démons, ouvrir leur cage et les regarder s'envoler, partir au loin et quitter ma vie.

 

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Aloès 23/02/2015 15:25

J'ai eu le cheminement inverse : je savais ce qu'ils avaient vécu enfant et leur pardonnais donc leurs "maladresse", mais j'ai fini par leur en vouloir vraiment, parce que je sentais que c'était nécessaire dans mon cheminement. Maintenant il me reste le pardon, qui vient doucement mais sûrement. Et tu as raison, on a toute la vie pour ça (même si parfois on aimerait bien passer à autre chose).

teparlerdemavie 24/02/2015 13:19

Oui, il arrive un moment où il est nécessaire de couper définitivement le "cordon" pour s'investir dans sa propre vie dans se sentir tirailler par son passé.
C'est un long chemin mais il mérite d'être parcouru.
Bise

Océane 22/02/2015 23:25

J'ai l'impression qu'on découvre tous un peu tard qu'on peut, qu'on a le droit voire le devoir de s'affranchir de nos parents !

teparlerdemavie 23/02/2015 09:30

Oui et c'est tellement important de le faire.
Bise

Bellone 20/02/2015 16:57

Je suis complètement bluffée, plus je lis tes articles et plus je m'y retrouve (avec, malheureusement, moins de recul que toi sur tout ça !) J'ai le même ressenti quant à l'injustice, c'est quelque chose qui me va très loin, je pense que c'est la seule chose que je ne peux pas pardonner, au dessus de laquelle je suis incapable de passer.
Je me reconnais aussi dans cette emprise qu'ont nos parents sur nous : j'ai toujours voulu leur plaire, et j'ai toujours été convaincue que, quoi que je fasse, ce ne serait jamais assez bon, jamais assez parfait. Toujours des critiques, des remarques, des reproches ; jamais de félicitations, de gratifications.
Tu as bien du courage de réussir à te détacher de tout ça et je t'admire pour ce travail accompli !
Bon week-end à toi !

teparlerdemavie 22/02/2015 10:26

Merci beaucoup pour ton témoignage, il me touche, je me reconnais dans tes mots.
Je fais ce travail sur moi car je ne veux plus subir mon passé, je ne veux plus porter ce qu'ils ont décidé pour moi d'après leurs sentiments à eux.
Dis-toi qu'ils ont agi à un moment où ils ne savaient pas faire autrement et qu'il est temps de s'affranchir de ça et de se retrouver soi.
Avoir un pied dans le passé, c'est s'interdire d'aller vers l'avant. Et je sais que j'ai besoin de larguer les amarres qui me maintiennent à quai pour avancer dans la vie. Là, je suis fatiguée de stagner.
Bon courage à toi.
Bise

majo 20/02/2015 13:06

"Je dois laisser partir mes vieux démons,"
tu peux les laisser partir , tu t'autorises à les lacher.
c'est magnifique cette naissance.
chaque jour qui passe est un nouveau pas vers toi.
tu as raison , le plus dur est derrière.
bises

teparlerdemavie 22/02/2015 10:21

Je m'autorise, c'est ça la clé. Oui, je dois m'autoriser là où jusqu'à maintenant, je me suis interdit.
Je me suis interdit de dépasser la ligne qu'ils ont marqué au sol pour moi mais je peux m'autoriser à la franchir, pour moi et pas contre eux.
Merci pour tes mots.
Bise

Camille G 20/02/2015 11:28

c'est beau !!!

teparlerdemavie 22/02/2015 10:19

Merci.
Bise

JolieTesteuse 20/02/2015 11:17

Très beau et sincère j'ai adoré te lire.

teparlerdemavie 22/02/2015 10:19

Merci beaucoup pour tes mots.
Bise

Libertad 20/02/2015 11:07

Le plus difficile n'est pas de changer, mais de faire accepter ce changement aux autres.
Ta famille n'a certainement pas intérêt à te voir évoluer: Cela arrange tout le monde lorsqu'il y a un bouc émissaire... je parle par expérience personnelle, et te voir évoluer les déstabilise certainement.

Les relations ne sont plus les mêmes lorsqu'on évolue justement: moi qui était si proche de ma soeur auparavant, je me rend compte qu'aujourd'hui, nous n'avons pas du tout les mêmes valeurs.
Peu importe les critiques, suis ton chemin et crois en toi.

teparlerdemavie 22/02/2015 10:19

Oui, c'est certain qu'ils n'ont pas intérêt à me voir changer mais j'ai envie de me préoccuper de moi et tant pis pour eux (bon, je dis ça mais je sais que ça n'est pas si simple).
Merci pour ton témoignage très touchant.
Bise

Mamancadeborde 20/02/2015 10:57

Difficile d'écouter ses envies et de se faire confiance lorsque l'on a toute sa vie mis beaucoup d'énergie à être la personne que l'on on attendait de nous...je comprends bien les étapes par lesquelles tu passes. Le cheminement est long, douloureux mais nécessaire...je suis dans cette période et c'est difficile mais je sais qu'au bout du chemin j'en ressortirai grandi et qu'il n'en restera que le meilleur...je crois que d'avoir pris conscience qu'il fallait changer notre vision du monde pour être heureux est déjà une très grosse étape...je pense bien à toi. Courage ! Bises

teparlerdemavie 21/02/2015 05:54

Merci beaucoup. L'envie de comprendre pour évoluer dans le bon sens est bien présente car je sais que ça en vaut la peine. Et puis, souffrir, ça va bien un moment, J'ai perdu trop de temps, j'ai besoin, à présent d'être moi et de prendre du plaisir en ma compagnie au lieu de me combattre perpétuellement.
Merci pour ton témoignage.
Bise

Reb 20/02/2015 10:57

Je te trouve vraiment forte d'arriver à te remettre en question à ce point et avancer !
Avoir conscience des problème c'est deja énorme !

teparlerdemavie 21/02/2015 05:51

Merci pour tes mots. Oui, savoir, c'est énorme, changer, c'est plus compliqué car ça demande un réel effort mais j'en ai envie et c'est tout ce qui compte.
Bise

anyuka 20/02/2015 10:41

J'aime beaucoup lire chacun de tes articles, ils résonnent vraiment profondément en moi. C'est un beau et courageux cheminement que tu fais là, même si à n'en pas douter il est très douloureux.

teparlerdemavie 21/02/2015 05:49

Merci beaucoup. C'est douloureux mais libérateur. Je sais aujourd'hui que je suis prête et j'en ai besoin. Il me reste à oser...
Bise

Tinea 20/02/2015 10:30

Mes parents ne rêvaient que d'une petite fille modèle calme et posée. Je porte d'ailleurs le prénom d'une élève de ma mère qui avait ce profil. Je suis un ouragan. Mes parents n'ont pas su gérer ma souffrance et ma jalousie, si ce n'est par des coups (Tiens tu sauras pourquoi tu pleures! et ça t'apprendras à être jalouse!) ou des phrases cassantes. (Tais toi! Ne te mets pas en avant! Fais semblant de ne pas comprendre tout de suite! (Celle là est extraordinaire) Mon troisième enfant , une fille est comme moi. Eh bien que je ne lève jamais la main sur elle et que j'essaie de la rassurer j'avoue que souvent je ne sais pas comment la prendre et me contente d'attendre que ça passe, je vois qu'elle attends quelque chose de moi mais quoi? Je pense qu'elle me le reprochera un jour. C'est triste non?

teparlerdemavie 21/02/2015 05:47

Merci pour ton témoignage très touchant. Pour ta fille, tu sais, je crois qu'elle attend juste de toi un amour inconditionnel. Nos enfants ont parfois besoin de se sentir aimé quel que soit leur comportement. Ils espèrent un amour sans faille et s'ils doutent, ils vont le tester pour en être sûr. C'est comme ça que des enfants deviennent insupportables (et se font souvent grondés par leur parent) alors que ce qu'ils attendent, c'est : "je t'aime, je t'aime, je t'aime".
Bon courage à toi.
Bise