« Effroyables jardins » de Michel Quint.

Publié le par teparlerdemavie

« Effroyables jardins » de Michel Quint.

« Le jeune garçon aimerait bien pouvoir se cacher, disparaître, lorsque son père, instituteur respecté, se déguise en clown amateur. Entre honte et mépris, il assiste à ses numéros. Jusqu’au jour où son oncle Gaston lui révèle le sens de cette étrange vocation en lui dévoilant un épisode tragi-comique de la seconde guerre mondiale… »

« Sans vérité, comment peut-il y avoir de l’espoir ? Et sans mémoire ? »

« Aussi loin que je puisse retourner, aux époques où je passais encore debout sous les tables, avant même de savoir qu’ils étaient destinés à faire rire, les clowns m’ont déclenché le chagrin. Des désirs de larmes et de déchirants désespoirs, de cuisantes douleurs et des hontes de paria. 

(…) C’est que mon père, instituteur de son état, traquait et prenait aux cheveux toutes les occasions de s’exhiber en auguste amateur. Larges tatanes, pif rouge, et tout un fourbi bricolé de ses vieux costumes, des ustensiles de cuisine mis au rencard. Faut-il le dire, quelques dentelles aussi, abandonnées par ma mère, lui donnait une couleur trouble. Ainsi armé et affublé de la sorte, casqué d’une passoire à l’émail écaillé, cuirassé d’un corset rose à baleines, presse-purée nucléaire à la hanche, casse-noix supersonique au poing, c’était un guerrier hagard, un samouraï de fer-blanc qui sauvait l’humanité intergalactique et aussi la nôtre, toute bête, dans un numéro pathétique de niais solitaire contraint de s’infliger tout seul des baffes et des coups de pieds au cul. Une espèce de Matamore d’arrière-cuisine, un Tintin des bas-fonds, dont personne ne suivait le galimatias à peine articulé mais qui avait le chic pour émouvoir l’assistance ».

C’est mon fils qui m’a fait découvrir ce tout petit livre qu’il étudie en classe.

Et j’ai été happée immédiatement par chaque mot de ce court récit biographique qui mêle le style soutenu du narrateur à celui familier de Gaston, l’oncle de son père.

Michel Quint nous raconte avec dignité son regret de ne pas avoir compris les raisons qui poussaient son père à se déguiser en clown et, pour sa plus grande honte, à se produire sur des scènes piteuses dans des spectacles pitoyables.

Ce livre est un témoignage bouleversant pour ce père incompris à qui il rend hommage en endossant à son tour le costume de l’auguste lors du procès de Maurice Papon.

J’ai trouvé ce texte d’une grande pudeur. Il en ressort un réel respect pour ces hommes, qui, lorsqu’ils ne sont pas aveuglés par la haine, peuvent faire preuve d’un vrai élan de compréhension.

Ce récit parle d’amour et d’humour lorsque tout semble perdu.

Ce récit est un hymne à la reconnaissance, aux valeurs et à l’humanité.

Il est bien précieux qui m’a ému aux larmes.

Et cette lecture m’a permis d’échanger avec mon fils sur le sujet sensible qu’est la collaboration durant la seconde guerre mondiale. L’auteur expose sans récrimination des horreurs commises par certains hommes comme des dénonciations calomnieuses pour des raisons si futiles qu’elles ont sont atroces.

Quelle dignité, quelle sobriété.

Alors, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, offrez-vous ces quelques heures (à peine 2) d’une vérité poignante qui ne vous laissera pas indifférent.

 

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