Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).

Publié le par teparlerdemavie

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).

Je vais couper mon billet en deux parties (une aujourd’hui, la suite demain) sinon, j’ai bien peur que ce soit indigeste.

La Communication Non Violente (l’appellation n’est pas très glamour, je vous l’accorde mais les résultats sont stupéfiants) est une méthode de communication mise en place par Marshall Rosenberg qu’il détaille dans son livre « Les murs sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » (une mine d’or, ce livre).

La CNV, en quelques mots (je vais tenter d’être claire et concise pour ne pas vous perdre en chemin), c’est changer sa façon de communiquer en s’ouvrant, grâce à nos qualités de cœur, à soi et aux autres pour une meilleure compréhension de chacun.

Son objectif est de nous rappeler ce qui fait la valeur profonde des échanges entre les êtres humains et de nous aider à les vivre en pleine conscience

La CNV nous apprend à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous entendons les paroles de notre interlocuteur. Il y a 2 étapes : celle qui nous permet d’apprendre à exprimer nos besoins de façon claire pour qu’ils soient enfin entendus et celle qui nous apprend à écouter l’autre sans y mettre nos propres jugements de valeur.

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que lorsqu’on s’exprime ou que l’on écoute l’autre, on y met notre affect, notre vécu, notre expérience personnelle, nos émotions… toutes ces choses qui dénaturent nos propos mais encore plus notre qualité d’écoute. On ne sait plus écouter sans tout ramener à soi, on ne sait plus se mettre à la place de l’autre pour entendre correctement ses mots et comprendre ce qu’il dit avec exactitude.

Et enfin, la CNV, c’est avant tout le plus bel apprentissage de l’empathie.

Alors, je vous avoue que j’avais en mémoire une définition légèrement erronée de l’empathie. J’imaginais plus quelque chose qui ressemblait à « avoir un comportement sympathique à l’égard de l’autre» alors qu’il s’agit de toute autre chose, c’est vraiment se détacher de soi et de ses pensées pour être pleinement dans l’écoute de l’autre. Je m’oublie, moi et mon histoire et je suis pleinement avec toi, pour toi.

Il y a également une chose qui m’est apparue incroyable, j’ai compris que je ne savais pas exprimer mes besoins. J’ai eu, durant des années, tendance à espérer de l’autre qu’il me comprenne, voir anticipe mes besoins sans même que je lui en fasse part de façon claire et compréhensible (bonjour la frustration).

Pour résumé avant de passer au concret, la CNV  nous apprend à déjouer nos vieux schémas de défense, de retraite ou d’attaque en nous amenant à une perception nouvelle de nous-mêmes et des autres, mais aussi de nos intentions et de nos relations.

« Lorsque au lieu de critiquer et de juger nous sommes attentifs à ce que nous observons, ressentons et désirons, nous découvrons l’ampleur de notre propre bonté naturelle ».

En pratique, ça se passe comment :

4 points qui constituent les 4 composantes de la CNV :

1 : J’observe un comportement concret qui affecte mon bien-être.

2 : Je réagis à ce comportement par un sentiment (Je suis triste, fâché, inquiet, joyeux, amusé…)

3 : Je précise les désirs, besoins ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment.

4 : Et enfin, je demande à l’autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être.

Bon, de prime abord, ça peut paraître confus mais dans la pratique, c’est assez simple finalement (ça demande un peu d'entraînement. N'abandonnez surtout pas au premier échec, il faut s'accorder le temps nécessaire pour y parvenir).

Tout repose sur notre façon d’interpréter les mots des autres et notre propre incapacité à exprimer nos ressentis et nos besoins.

Donc 1ère composante : on observe. Sans jugement moralisateurs envers l’autre lorsque ses actes ne correspondent pas à nos valeurs.

«Nous focalisons nos pensées et nos paroles sur les torts de l’autre quand il a certains comportements, ou sur les nôtres, lorsque nous ne comprenons pas ou ne réagissons pas comme nous le devrions». 

Exemples (issus du livre) : si ma compagne a besoin de plus d’attention que je ne lui en accorde, elle est « exigeante et dépendante » ; si en revanche c’est moi qui ai besoin de plus de tendresse, elle devient « lointaine et insensible ».

Si mon collègue est plus attentif aux détails que moi, il est « pointilleux et maniaque » ; si c’est moi qui le suis, il devient « brouillon et inorganisé ».

Nous nous comportons souvent de manière blessante vis-à-vis de l’autre mais aussi de nous-mêmes. Cela dénature la communication.

2e composante : on exprime ses sentiments. « Montrer notre vulnérabilité en exprimant nos sentiments peut contribuer à résoudre des conflits ».

Nous sommes d’avantage formés à diriger notre attention sur les autres qu’à être en contact avec nous-même. Nous fonctionnons avec notre tête : « Qu’est-ce que les autres pensent que je devrais dire ou faire ? »

Il est nécessaire de décrire clairement et précisément nos émotions pour transmettre nos besoins et nos attentes à l’autre.

Exemple : je suis triste (ou n’importe quelle émotion) que tu ne ranges pas ta chambre seul (et non : « tu es exaspérant à ne jamais rien ranger !»)

3e composante : on identifie l’origine de nos sentiments. Lorsqu’une personne nous adresse un message négatif (qu’il soit verbal ou non), nous l’accueillons de 4 manières :

-1ère possibilité : tu te sens fautif si tu entends un reproche et une critique derrière les mots (ou la gestuelle). Tu acceptes alors le jugement de l’autre et tu culpabilises à fond (avec pour certains des petites phases d’auto-flagellation).

Ça, c’est le genre de truc qui t’arrive lorsqu’on te traite de « mauvaise mère », d’incompétente ou de grosse… par exemple. Et plus la personne en face de toi symbolise une forme d’autorité, de connaissance, plus tu crois en SA vérité et plus tu souffres (plus tu tiens la personne en haute estime, plus ça te touche).

-2e possibilité : tu rejettes la faute sur les autres. Tu te rebiffes en hurlant « tu n’as pas le droit de dire ça ! » Dans ce genre de situation, tu ressens très souvent de la colère.

-3e possibilité : tu portes ton attention sur tes propres sentiments et besoins « Lorsque je t’entends dire ça, je me sens blessée car j’ai besoin que tu prennes conscience de tous les efforts que je fais, que ça n’est pas simple pour moi… ».

-Et 4e possibilité : tu diriges ton attention sur les sentiments et les besoins de l’autre. Et là, tu réponds par une question. Imaginons que la personne en face de toi, te traite d’égoïste, ta réponse serait alors : « Te sens-tu blessé parce que tu aurais besoin que tes préférences soient mieux prises en compte ? »

"Les jugements portés sur les autres sont des expressions détournées de nos propres besoins insatisfaits. Si quelqu'un dit : "Tu ne me comprends jamais", il nous dis en réalité que son besoin d'être compris n'est pas satisfait."

Bon, là, j’avoue que c’est pour moi la phase la plus difficile à mettre en place parce que j’ai tendance, avec ce genre de réflexion (malheureusement tout le monde ne pratique pas la CNV) à partir au quart de tour « Quoi ? Je suis égoïste ???? Non mais tu t’es regardé !!!... etc… etc… oui, j’ai du boulot !)

C’est là qu’on prend conscience de l’importance de nos mots et du ton que l’on emploie. Plus nos allocutions sont brèves et accusatrices, plus la personne en face va réagir en se rebiffant.

Ne pas oublier non plus que nous ne sommes pas responsables des intentions malveillantes, de la bêtise, de l’ignorance, de l’incapacité à s’exprimer dans un langage compréhensible… des autres. L’idée est vraiment de corriger son propre comportement en faisant appel à notre bonté de cœur, être « irréprochable » dans notre parole.

Et ce qui est étonnant, c’est de voir comme notre propre attitude joue sur l’autre. Lorsque je reste sereine et que je fais l’effort (parfois oui, il s’agit d’un effort surtout losrque j’ai le sentiment de me faire agresser) de répondre avec justesse, le comportement de mon interlocuteur change du tout au tout. C’est fou, on se sent limite puissant (ça, c’est comme sourire à une personne agacée, elle est déstabilisée et perd de son irritation).

Donc, la bienveillance, ça change tout !

Demain, je poursuis avec la 4e composante et concrètement, la CNV ça donne quoi!

Bonne journée à tous et parlons bien!

 

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Commenter cet article

Marie Kléber 10/02/2015 14:14

Merci beaucoup pour cet article qui nous aide à y voir plus clair. L'idée est belle et grande, la mise en pratique plus compliquée. Mais comme tu le dis, il faut y aller pas à pas. Le jour où on arrête aussi de prendre personnellement tout ce que nous disent les autres, on fait un grand pas vers un meilleur dialogue et une forme de communication plus adaptée.

teparlerdemavie 10/02/2015 17:36

C'est exactement ça : le jour où on prend conscience que dans leurs propos les gens parlent avant tout d'eux et non de nous (ils expriment quelque chose qui leur appartient), on s'apaise énormément. Comme je le dis souvent : c'est pas forcément contre nous, c'est pour eux. La différence est énorme.
Bise

Aloès 10/02/2015 10:10

Je me suis déjà penchée sur le CNV mais ça me paraissait très compliqué à mettre en place et je crois que je n'étais pas prête. Ton article me parle et je vais lire le prochain, ça me remettre un peu dedans ;)

teparlerdemavie 10/02/2015 13:11

Oui, de prime abord ça paraît compliqué. Une fois que j'ai refermé le livre à la fin de ma lecture, je me sentais aussi perdue qu'au départ. Et puis, les idées se mettent en place peu à peu, il faut laisser décanter pour bien digérer la méthode. Et au fil du temps (mais ça prend du temps), on comprend comment ça marche et quels mots sont les bons pour se faire comprendre.
Et vraiment quel bonheur de se faire enfin comprendre, de ne plus parler dans le vide et de ne plus s'énerver de ne pas être entendue dans ses besoins et ses attentes. On append à s'exprimer et toute frustration disparaît. Et puis, on apprend surtout que les paroles de les autres, souvent, n'expriment pas quelque chose contre nous (on ne se sent plus accusée) mais pour eux.
Bise

Paski 09/02/2015 14:40

Merci pour ce cours rapide. Beaucoup de sources de réflexions !
J'attends la suite avec impatience !

teparlerdemavie 09/02/2015 18:16

La suite, demain matin. Bise

La Miss Tamara 09/02/2015 13:06

Excellent billet ! J'ai découvert plein de choses très intéressantes. Merci !

teparlerdemavie 09/02/2015 13:09

J'en suis heureuse. Bonne journée.
Bise

Reb 09/02/2015 11:41

Empathie ... C'est la qualité première de Nana du haut de ses presque 5 ans ! Un vrai exemple pour moi !

teparlerdemavie 09/02/2015 11:57

Ah! Formidable!