Mensonges.

Publié le par teparlerdemavie

Mensonges.

J’ai très souvent menti. Dans mon esprit, je ne mentais pas, je racontais juste des histoires. J’avais un tel besoin de reconnaissance que je m’inventais des situations qui appelleraient, j’en étais convaincue, la compassion d’autrui.

Quand tu es gamine, tu ne te rends pas compte que ça ne marche pas du tout, qu’au contraire, tes mensonges attisent la haine chez l’autre ou le dégoût, le rejet. Et puis, en grandissant, tu commences à t’écouter parler et tu entends les tas de conneries que tu débites. Et arrivent, au grand galop, la honte et la culpabilité que tu te prends de plein fouet.

Alors tu essais de comprendre, de te comprendre.

Et j’ai donc fait ce cheminement, j’avais besoin de savoir pourquoi je continuais à mentir sans raison. Et j’ai réalisé que mentir, c’était m’inventer un rôle, me créer un personnage, écrire un scénario dans lequel je serais quelqu’un d’autre. Je ne suis plus « moi », je suis autre.

J’ai souffert durant des années d’un déficit d’identité. J’étais « la méchante », c’était lourd à porter, c’était douloureux. Alors j’en ai eu marre d’avoir toujours le mauvais rôle, je me suis donc inventée des personnages comme de nouvelles identités parce que j’avais un besoin profond de reconnaissance.

Comment être aimée si on te croit méchante ? Comment être appréciée si tu tiens toujours le rôle de la méchante (pense à Nelly Olson, « la petite maison dans la prairie » ça l’a poursuivi toute sa vie) ?

Alors, j’ai endossé des rôles, porté des masques derrière lesquels je me cachais. Mais le problème, c’est qu’au fil des années, tu en viens à ne plus savoir qui tu es vraiment. Tu t’es tellement attachée à ces rôles que tu crois être eux.

Imaginez un acteur qui ne serait que son personnage. Une fois le tournage terminé, il n’aurait plus de vie, plus d’identité propre. Eh bien, c’est ce que j’ai ressenti. Un jour j’ai voulu quitté ces rôles et reprendre ma vie et là, je me suis retrouvée complètement perdue sans savoir qui j’étais vraiment. C’était extrêmement troublant.

Et qu’est-ce qu’il nous reste en dehors de ce sentiment de gâchis ? Il reste la vie, celle qu’on apprend à vivre en toute humilité, en acceptant de se tromper, de faire des erreurs, de tourner au mauvais embranchement.

J’ai appris à être une femme, j’apprends encore aujourd‘hui (car j’ai longtemps été le « garçon » de mon père pour lui faire plaisir, mais ça n’était pas moi. Pourtant je l’ai vraiment cru, j’étais parvenue à m’en persuader). J’apprends à ne plus me mettre dans un case, à ne plus être irréprochable pour faire plaisir à ma maman pour qu’elle comprenne enfin quelle chance elle a eue de m’avoir au lieu de me reprocher ma naissance. J’apprends à être moi, nue, sans masque. Je ne me connais pas encore parfaitement, je me perds souvent en chemin, je me sens amnésique, sans souvenir. J’ai encore si souvent une inconnue qui me fixe dans le miroir, je ne me reconnais pas. Qui suis-je vraiment ?

Je me découvre un peu plus chaque jour et j’entrevois une petite lumière à travers ces failles béantes qui me sautent au visage tant la douleur est profondément installée.

Je me reconstruis jour après jour, j’assemble les pièces de mon puzzle, j’en vois les contours, la couleur, et commence à en comprendre le sens. C’est tout petit, encore bien fragile mais tellement prometteur.

Et si dans votre entourage vous avez des enfants qui mentent de façon compulsive, dites-leur à quel point vous les aimez, à quel point vous êtes fiers d’eux car tout ce que l’enfant attend, espère, c’est de l’amour sans condition. Et je sais aujourd’hui, qu’avec un peu d’amour et d’attention, je n’aurais jamais eu besoin de mentir.

 

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Bellone 28/02/2015 11:16

Ton article m'a beaucoup touchée... Courage, ne lâche rien, tu as déjà fait un énorme parcours introspectif et une énorme avancée!

teparlerdemavie 01/03/2015 14:59

Merci beaucoup pour tes mots d'encouragement.
Bise

Aloès 27/02/2015 10:17

J'ai déjà été confrontée à un enfant qui ment, et même si je savais que ça supposait un mal-être, je n'ai pas vraiment réussi à dépasser ce mensonge... Ton billet m'aide à comprendre à à mieux réagir la prochaine fois ;)

teparlerdemavie 27/02/2015 13:06

Je crois que derrière chaque mensonge, il y a une souffrance. C'est important de la voir car on peut alors agir avec compassion.
Bise

Océane 26/02/2015 14:42

Les mensonges pour embellir, pour être comme les autres veulent qu'on soit, pour se protéger aussi, c'est une solution apaisante momentanément, mais on paye vite le prix de ces mensonges. j'en sais quelque chose.. je retiens qu'il faut toujours toujours dit aux gens qu'on les aime, comme ils sont, malgré tout et parce qu'ils sont uniques !

teparlerdemavie 27/02/2015 09:30

Oui, on paye toujours le prix de ses mensonges. Aimez l'autre sans restriction lui permet d'être bien avec lui-même et de laisser parler sa vraie personnalité.
Oui, il faut oser dire à ceux qui nous entourent qu'on les aime.
Bise

matchingpoints 26/02/2015 13:35

Un bel article qui peut nous alerter pour nos enfant (ou nos petits enfants). Le mensonge fait partie de notre vie, et l'enfant aime mentir de temps à autre. Mais si le mensonge devient son seul lien, il faut chercher la faille. Merci pour ce temoignage

teparlerdemavie 27/02/2015 09:28

Oui, le mensonge fait parti de l'apprentissage de la vie, c'est lorsqu'il prend une place immense que cela devient inquiétant.
Bise

Marie Kléber 26/02/2015 12:10

Merci beaucoup pour ce texte qui me parle. J'ai beaucoup menti étant enfant, pour le mêmes raisons que toi. Mais pas par manque d'amour ou d'attention, juste parce ma soeur est arrivée dans ma vie avec des problèmes toute petite et que j'ai perdu ma place. Au lieu de me révolter, je me suis fait discrète et je me suis inventée d'autres vies.
Mais tu le dis bien, arrive un jour où on ne sait plus qui l'on est. Il faut alors tout reprendre à zéro et se retrouver.
Je crois qu'on devrait toujours être attentif à un enfant qui ment sans cesse, c'est forcément qu'il y a un problème, qu'il faut gérer de suite, pour qu'il ne prenne pas d'ampleur et avant que l'enfant grandisse sans savoir qui il est vraiment.
Bonne continuation et encore merci pour tout ce que tu partage et qui nous aide nous aussi à avancer.

teparlerdemavie 27/02/2015 09:22

C'est un manque de "reconnaissance" qui pousse l'enfant à mentir, pour se donner une valeur (une vie?) à ses yeux et aux yeux des autres.
Merci beaucoup pour ton témoignage et tes mots toujours aussi justes.
Bise

Mzelle Coco 26/02/2015 11:44

Pour moi, il y a 2 types de mensonges : le mensonge où l'on raconte des choses fausses et le mensonge à soi-même. Le second est pire et fait plus de dégâts, ça nous éloigne de nous-même et ça nous empêche vraiment de regarder au fond de notre cœur. Se mentir à soi-même c'est ne pas révéler notre véritable être intérieur c'est comme mourir étouffé...

teparlerdemavie 27/02/2015 09:19

Oui, c'est vrai et lorsqu'on ment aux autres, on finit toujours par se mentir à soi-même car on ne parvient plus à différencier le faux du vrai.
Bise

Reb 26/02/2015 11:28

J'ai envie de te serrer dans mes bras quand je lis tes articles et de dire que tu es une personne bien . Tu es capable de te remettre en question. Tu avances . Tu grandit (si j'ose dire ) .

teparlerdemavie 27/02/2015 09:11

Oh merci ! ça me fait du bien ce que tu me dis.
Bise

Camille G 26/02/2015 10:26

C'est vrai que le mensonge et le manque de confiance sont liés ! Merci pour cet article.

teparlerdemavie 26/02/2015 10:29

Le mensonge nous éloigne de notre réalité, de nous-mêmes. On finit par se perdre en chemin. Bise