Schizophrénie !

Publié le par teparlerdemavie

Schizophrénie !

On connait tous ces petites voix intérieures qui viennent si souvent polluer nos pensées avec leurs discours redondants sur le bien et le mal, ponctués de leçons de moral limitantes. Leur aptitude à nous faire croire qu’elles savent ce qui est bon pour nous, même si cela nous entraîne vers des contrées dangereuses, leur façon de nous saper le moral en moins de deux ou de bien nous ramener sur terre et à notre humble condition pour peu qu’on ait ressenti un pauvre désir de s’élever ne serait-ce qu’un peu… est infinie

Oui, je parle bien de ces petites voix narcissiques dont l’assurance et la prétention sont parfois d’une lourdeur grotesque ou, au contraire, dont les peurs et les doutes te plombent le peu d’assurance et de confiance qu’il te reste en un temps record.

Ces voix dissonantes, je les connais bien. Il y a celle qui me dit avec une certitude exaspérante que je n’ai pas le droit de m’élever au-dessus de ma condition (mais quelle condition ?!!! De quoi tu parles?!!!), celle qui me reproche de vouloir constamment me mettre au-devant de la scène, avec ce besoin désespéré d’attirer l’attention, d’être reconnue, celle qui me tape sur les doigts au moindre faux pas comme un vieil instituteur intransigeant, celle qui baisse les bras au premier obstacle, celle qui râle, qui vitupère devant sa propre bêtise, celle qui…

Bref, des voix, j’en ai une pelletée !

C’est ainsi, que je me suis présentée devant mon thérapeute la semaine dernière, lui racontant que j’avais beau savoir ce qui était bon pour moi, à quel point il était important que je m’autorise, que j’ose, que j’apprenne à prendre soin de moi, à me pardonner à moi et aux autres, il y avait toujours cette petite voix dissidente qui venait saboter mes efforts en m’expliquant que je ne méritais pas, que je n’en valais pas la peine, que je devais cesser de m’agiter, et ce, toujours avec des intonations autoritaires dans le genre « ferme ta bouche, punaise ! Et reste à ta place ! Ne te veux pas plus grande ni meilleure que tu ne l’es !»

Après m’avoir écouté en hochant la tête (je suis visiblement parvenue à me faire comprendre sans passer pour une folle bonne à interner), il m’explique que je dois comprendre que cette « voix » (qu’une amie appelle « radio critique », ou « radio cancan » C’est tellement ça !) que j’entends ne détient pas LA vérité (contrairement à ce que je pensais). Certes, elle parle en mon nom mais ne m’appartient pas dans le sens où elle ne fait que répéter ce qu’elle a entendu toute son enfance.

Ces mots ne seraient donc pas les miens mais ceux de mes parents (et plus particulièrement ma mère).

Et ces paroles ont si souvent été répétées, assénées comme des vérités, qu’elles en sont devenues des croyances. Je suis devenue ces mots. J’y ai cru. Profondément. Ils étaient MA vérité, mon MOI profond, mon IDENTITE.

J’ai toujours cru que celle qui « pensait », c’était « moi », qu’il s’agissait de ma propre opinion, de mes propres sentiments envers moi (d’où ma profonde culpabilité). Et de comprendre qu’il s’agit en fait d’une part de moi qui ne fait que répéter les paroles de ma mère en pensant du haut de ses 4-8 ou 12 ans… que tout ce qui lui était jeté à la figure était vrai, cela m’ouvre à de nouvelles perspectives. De fabuleuses perspectives !

Quelle libération !

Il m’explique alors que nous avons tous des parts en nous (nos voix intérieures) qui s’expriment selon leur vécu, leur souffrance, la morale qu’on leur a inculqué… etc… et qu’à l’avant de tout cela, il y a la conscience. Elle est comme un médiateur, un sage qui sait. La conscience entend chaque part, reconnaît l’existence de chaque part mais n’intègre aucune part. Elle est empathique dans le sens noble du terme, elle n’est pas mielleuse ni soumise. Elle n’est que bienveillance. Et c’est ma conscience (la première voix qui s’exprime avant d’être avalée par les autres), ce merveilleux guide que je dois écouter, c’est elle l’adulte responsable, c’est elle, mon identité. C’est elle qui s’exprime déjà lorsque je parle avec mes enfants, que je suis une maman attentive et aimante, c’est elle qui sait éprouver de l’empathie pour les autres, qui apprend chaque jour à écouter et entendre les besoins d’autrui. Elle existe déjà et se manifeste dans bien des domaines, il me reste juste à accepter de lui laisser la parole en ce qui me concerne. De lui donner sa vraie place.

Je dois vraiment faire la différence entre ce qui est en lien avec mon enfance (et me veut du mal) et ce qui est relié à la femme que je suis aujourd’hui et qui me veut du bien. Lorsque cette voix bienveillante parviendra à se faire entendre sans être noyée par les voix dissonantes, j’avancerai sur mon chemin de vie. Mon propre chemin.

 

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Aloès 05/03/2015 11:27

Ton billet est très éclairant, je crois que je m'en souviendrai quand une petite voix maléfique viendra me titiller ! J'en avais une coriace, celle de la culpabilité, que j'appelais "la Bête" et que j'ai réussi à vaincre. Je crois que j'aurais eu plus de facilité si j'avais su ce qu'elle signifiait vraiment ;)

teparlerdemavie 05/03/2015 12:52

Tu peux être fière d'être parvenue à la faire taire. "La bête", ça me parle aussi.
Bise

Océane 04/03/2015 23:52

J'ai encore souvent cette petite voix au fond de moi qui me déprime et me fait perdre ma confiance. Elle est encore forte et vaillante, mais moi aussi :) Luttons !

teparlerdemavie 05/03/2015 09:10

Oui, l'important est de ne pas la laisser prendre le pouvoir!
Bise

sysyinthecity 04/03/2015 21:51

oh la la mais moi j'ai mes voix, elles peuvent être sympa comme elles peuvent être tristes...

teparlerdemavie 04/03/2015 22:02

Mon thérapeute (pour me rassurer vu que je me croyais être folle) m'a dit qu'il en avait 6 bien distinctes. "Ah oui, quand même," lui ai-je rétorqué rassurée.
Ce sont les voix critiques qui ne nous appartiennent pas, celles-là (qui nous jugent, nous rabaissent...), il faut, gentiment mais fermement les faire taire.
Bise

La Miss Tamara 04/03/2015 13:54

Notre éducation a tracé dans notre cerveau un schéma de pensée qu'il est dure de changer parce qu'on croit, en effet, que nous en sommes l'origine, alors qu'il n'en est rien. C'est comme si on suivait depuis des décennies une piste bien tracée et qu'un jour on décide de prendre des chemins de traverses à défricher, c'est difficile et fatigant, mais tout à fait possible ! Super ton billet ! Bises

teparlerdemavie 04/03/2015 14:19

Merci. Oui, c'est tellement vrai ce que tu écris. Et j'aime la note d'espoir, je crois aussi que c'est possible.
Bise

Reb 04/03/2015 12:49

En lisant ton billet ça me renvois directement à mon enfance et j'ai envie de pleurer .

teparlerdemavie 04/03/2015 14:18

Oh Reb... donne-toi toute la compassion et la tendresse dont tu as besoin.
Bise

Marie Kléber 04/03/2015 12:21

Un regard extérieur sur ce que l'on vit nous aide souvent à y voir plus clair. Je considère qu'une voix qui te diminue, te dévalorise, te rabaisse est la voix de quelqu'un d'autre, une voix d'avant mais qui a sur faire son nid en nous, qui nous déstabilise souvent.
Alors que notre voix intérieure est toujours plus apaisante, elle n'est jamais malveillante et elle nous pousse en avant.
Grosses bises et douce journée.

teparlerdemavie 04/03/2015 14:17

Merci Marie, c'est exactement ça. C'est un très beau résumé que tu as fait.
Bise

mamancadeborde 04/03/2015 10:35

Très bel article. Notre vécu a d'importantes répercussions sur notre présent. Il n'est pas facile de l'apprivoiser...Maintenant que tu as compris que ces petites voix intérieures ne sont pas les tiennes je suis certaine que tu vas pouvoir continuer à avancer plus sereinement. Bonne journée.

teparlerdemavie 04/03/2015 14:12

Merci beaucoup. Oui, ça change énormément le regard que je porte sur moi.
Bise

Asmaa 04/03/2015 10:08

Je n'ai rien à ajouter, ton billet me fait écho et j'aurais clairement pu l'écrire.
J'ai quand même voulu commenter pour te faire savoir que j'ai adoré te lire et que je te comprends tellement. Nous sommes tous, un peu au fond, des schizophrènes.

teparlerdemavie 04/03/2015 14:10

Merci beaucoup pour ton commentaire. Ton passage me fait vraiment plaisir!;
Bise

Bellone 04/03/2015 08:45

Je n'avais jamais envisagé les choses comme ça ! J'ai toujours cru que la petite voix, c'était moi... Bonne explication en tout cas, ça permet de se décharger de beaucoup de choses :-)

teparlerdemavie 04/03/2015 14:10

Oui, j'étais comme toi. De le savoir et de le comprendre, change tout.
Bise

Allye 04/03/2015 08:43

J'aime bien ces explications... Ah l'enfance...

teparlerdemavie 04/03/2015 14:07

Merci. Oui, l'enfance... une éternelle source de connaissance de soi.
Bise