Il y a de la folie dans l'air!

Publié le par teparlerdemavie

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Durant ma phase « lecture intensive », j'ai découvert un auteur qui m'a fait plaisir ! Il s'agit d'Augusten Burroughs.

 

Augusten Burroughs a vraiment un talent fou! Il nous fait partager ses instants de vie, des plus graves aux plus légers, avec un humour décapant et beaucoup de sensibilité.

 

Une mention spéciale pour « Déboire » dans lequel il raconte son amour immodéré pour l'alcool qui va le mener tout droit dans un centre de désintoxication invraisemblable.

Et même si le sujet abordé est grave, il le traite avec tellement d'humour et d'auto-dérision que son récit devient un régal.

 

Et son récit, parfois, n'est pas sans rappeler ce que je ressens vis-à-vis de la nourriture. Il a éveillé quelque chose en moi, qui m'a parlé et a même apporté des réponses à certaines de mes interrogations. Une vraie prise de conscience.

 

Je pourrais changer le mot « boire » par « manger », « alcool » par « nourriture » car ses sentiments exprimés sont comparables aux mien.

 

Quelques exemples :

 

« Je m'assieds tranquillement, et un sentiment curieux, inconnu, s'empare de moi. C'est presque du soulagement, comme une pression qui se relâche, mais pas seulement. Pour la première fois, je me dis que je peux voir, là, sur ce tableau, que je bois effectivement bien plus que de raison. Je vois les pilules qu'il me faut avaler afin de pouvoir boire. Je vois que mon corps est allergique à l'alcool et qu'il me dit que je devrais m'abstenir de boire, mais que je passe outre. Et à regarder ce que j'ai écrit, je pense presque malgré moi que c'est sans doute une bonne chose que je sois là, ou plus exactement, que c'est une bonne chose qu'on ait attiré mon attention sur ce problème, qu'on m'ait montré que c'était grave et que ça n'avait rien d'une plaisanterie.

Bien. Peut-être que ça suffit et que je peux m'en aller ? »

 

 

« Je parle des bouteilles, et explique qu'à cause d'elles, je n'invite jamais personne chez moi.

-C'est curieux, mais reconnaître cela à voix haute me fait bizarre. Un peu comme si je venais de raconter un truc que je ne dois pas dire.

-Excellent ! Tu es en train de « dénoncer ton dépendant ». Tu as besoin de visualiser le dépendant qui est en toi. Envisage-le comme un être autonome qui vit en toi. Tout ce qu'il veut de toi, c'est que tu boives. Quand tu ne bois pas, il te dit : « Oh, allez, juste un petit verre. » Ton dépendant te veut tout entier pour lui tout seul. Alors, lorsque tu évoques ces bouteilles, ou n'importe quelle autre conséquence liée à l'alcool, tu es, en effet, en train de dénoncer le dépendant qui est en toi.

Je joue le jeu. J'essais d'imaginer un vilain petit bonhomme qui vit derrière mon front et me file des coups de pied dans les orbites pour l'avoir dénoncé.

-Evidemment ton dépendant n'est pas vraiment une entité autonome, mais le visualiser de cette manière peut t'aider. Maintenant en quoi ce bouteilles sont-elles une conséquence ?

-Euh... Parce qu'elles mettent du désordre dans l'appartement j'imagine ?

-Et ? Questionne-t-elle tel un procureur.

Je la regarde, dérouté. On a oublié de me donner le script.

-Quelqu'un d'autre ? Lance-t-elle à l'assistance.

-Et bien, s'il garde toutes ces bouteilles dans l'appartement et que, comme il l'a dit, personne ne vient jamais le voir, il doit être très seul.

Je me sens absolument pathétique. Plus transparent qu'un sashimi de méduse.

-Oui, c'est précisément ça. Les bouteilles te permettent d'ériger un mur -un mur de verre, si tu veux- entre toi et les autres. Effectivement, tu es prisonnier dans ta propre maison. Et le dépendant en toi adore ça. Car son but est de te couper du monde. Le dépendant en toi est très jaloux et te veut tout entier pour lui tout seul.

Je songe à quel point, en fin de journée, j'ai toujours hâte de quitter le bureau le bonne heure pour rentrer chez moi et picoler. Ça ne m'embête pas du tout de rester chez moi. Et de boire. En fait, je crois que de plus en plus, je préfère rester seul à la maison plutôt que de sortir. »

 

 

« En rentrant chez moi j'éprouve un sentiment de nostalgie, mâtiné de quelque chose d'autre. Je me sens seul. Et soudain je pige.

L'alcool me manque.

Comme s'il s'agissait d'une personne. J'ai l'impression d'avoir été abandonné. Ou plutôt d'avoir mis un terme à une relation sentimentale violente, abusive, et de vouloir maintenant faire machine arrière parce que, rétrospectivement, elle n'était finalement ni si violente, ni si abusive. On m'a prévenu, en cure, que cela arrivait. On m'a prévenu également que ce serait comme gérer un deuil. »

 

Cesser mes crises d'hyperphagie m'a donné ce sentiment aussi. Une forme de solitude, de manque. J'en étais venue à attendre ce moment où je me cloîterais chez moi pour me goinfrer.

 

Je vous rassure, pour les non-dépendants à quoi que ce soit, l'intégralité du récit ne se déroule pas dans le centre. Il est plus vaste et aborde une partie de la vie de Burroughs (il s'agit d'un roman autobiographique). J'ai aimé son ton parfois sarcastique, son sens de l'humour, sa folie et même ma fille (ado) l'a lu et a adoré. C'était d'ailleurs le 1er livre qu'elle lisait en entier depuis bien longtemps.

 

 

J'ai lu 3 de ses livres « Courir avec des ciseaux », « Déboire » et « Pensées magiques ».

 

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En ce qui concerne « courir avec les ciseaux », il nous raconte l'histoire de son enfance complètement marginalisée par des parents déglingués. Une mère folle, un père alcoolique, il aterrit chez un tuteur (le psychiatre de sa mère) aussi fou que tous les personnages du roman. Tragique et loufoque à la fois.

 

Attention, âmes sensibles s'abstenir ! Certaines scènes peuvent choquer, il parle de façon crue, sans détour mais jamais sans raison.

 

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Quant à « Pensées magiques », mon 2e coup de coeur (après « déboire »), il nous embarque dans ses aventures rocambolesques, jonchées de croyances qui rendent la lecture drôle et imprévisible. Et plus on avance dans le récit, plus il se lâche. C'est osé, déconcertant, fantasque et drôlissime (mais il vaut mieux avoir l'esprit ouvert, il n'est pas toujours très convenable comme garçon).

 

 

Trois livres, trois ovni. Un vrai régal !

 

Ce type est dingue mais pour notre plus grand bonheur. Pour les amateurs de romans (et d'auteurs) déjantés.

 

 

PS : cet avis n'engage que moi, je lis avec mon coeur et mes tripes (et un peu ma tête) et je ne suis pas toujours très objective. On peut aimer comme on peut détester.

 

 

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clovis simard 21/10/2012 20:53

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.21- THÉORÈME des POUVOIRS. - La folie des pouvoirs

laure 18/10/2012 20:22

ah mais voilà !!! c'était chez toi que j'avais lu cette critique et c'est pour cela que j'ai acheté ses bouquins ! bon comme tu le sais je suis déçue par courir avec des ciseaux (enfin disons que
je ne retiens pas ce livre dans ma liste de livres que j'aime c'est tout, car il ne m'a rien apporté), et j'espère avec une grande intensité ressentir le même enthousiasme que toi pour Déboire, on
verra ... ;)

teparlerdemavie 19/10/2012 09:28



Je te le souhaite aussi. C'est sûr que "courir avec des ciseaux" n'est pas un livre que j'aurais recommandé de prime abord! Un peu difficile comme lecture et beaucoup moins drôle que ses autres
récits. J'attends avec impatience ton verdict sur "Déboire", en espérant que cette lecture se passe mieux mais c'est vrai que j'ai des goûts parfois bizarres!



Lilly rose 07/09/2012 14:55

je ne suis pas sure d'aimer son style, mais ça a l'air interessant. Je lis beaucoup David Foenkinos en ce moment. Ca me parle plus, ça dépend des moments de sa vie je suppose.

teparlerdemavie 08/09/2012 08:07



C'est vrai que c'est un auteur assez particulier, on peut ne pas aimer. Et heureusement pour les auteurs que nous n'avons pas tous les mêmes goûts. Ce serait triste. Bises



Paski 07/09/2012 12:32

Tu sais très parler des livres que tu as aimé finalement ;-)
Ca m'a également donné envie de le lire !

teparlerdemavie 07/09/2012 13:36



Merci! Parfois, je me trouve très brouillon dans mes descriptions. ça n'est pas évident et je vois d'un nouvel oeil les blogs de lecture qui parlent si bien des romans qu'ils ont appréciés. Moi,
ça restera toujours un peu décousu et spontané. Bises



Reb 07/09/2012 12:01

Voilà le genre de lecture que j'aime , les livres autobiographiques . merci pour la découverte de cette auteur ! Bisous

teparlerdemavie 07/09/2012 13:34



C'est toujours un plaisir de partager les lectures qu'on aime. Bises



sidonie 07/09/2012 09:09

Eh bien, ce qui est sûr, c'est que tu m'as donné envie de le lire !!!
Merci !

teparlerdemavie 07/09/2012 09:18



Ah! tu me fais plaisir. C'était un peu le but mais parfois, on passe à côté et on ne transmet aucune émotion... Merci à toi. Bises