La peur de la faim.

Publié le par teparlerdemavie

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Il y a quelques semaines, j'expliquais à ma thérapeute à quel point la faim m'effrayait. Je me sentais comme une intolérante émotionnelle incapable de survivre au moindre signe de faim.

 

Et fatalement, jour après jour, j'anticipais cette faim en mangeant.

 

Je mangeais pour lutter contre cette peur, je mangeais en prévision d'une hypothétique impossibilité de trouver de la nourriture là où je me rendrais. J'avais toujours mille excuses pour manger sans faim à tout moment de la journée.

 

Et manger sans faim, ça n'aide pas à retrouver son poids génétique.

 

Je lui en ai donc parlé pour qu'elle m'aide à comprendre d'où me venait cette peur irrationnelle et que je parvienne à la regarder en face sans trembler et devoir me ruer sur la nourriture.

 

Elle m'a dit que le meilleur moyen de savoir ce qui se passait en moi était tout bêtement de ne pas manger durant une journée et de tout noter.

 

Grosse frayeur ! Une journée sans manger, je vais mourir !

 

Et justement, elle me rappelle que jeûner une journée n'a jamais tué personne et que je m'en rende compte par moi-même m'aidera à calmer ces peurs. En ajoutant que si cela m'était insupportable, je pouvais manger le soir.

 

Me voilà donc décidée à tenter l'expérience avec l'ordre de ne pas me peser, ni avant, ni après car le but ne devait être, en aucun cas, de perdre du poids et me créer ainsi une éventuelle autre croyance.

 

Je choisis donc de faire cette expérience très vite après ma séance pour ne pas me laisser submerger par la peur et abandonner avant même d'avoir commencé.

 

Le matin du fameux jour, je me prépare une grande bouteille d'eau, un calepin pour noter tout ce qui me passe par la tête et j'attends fébrilement que la faim apparaisse.

 

Très vite, de savoir que je ne pourrais pas manger avant le soir réveille mes angoisses, je m'imagine faible, incapable de bouger, de survivre à cette journée et les minutes me paraissent des heures.

 

Première épreuve : c'est l'heure du petit dejeuner. Mes sensations me semblent décuplées, je ressens la faim de façon aigue. A plusieurs reprises, je m'oblige à respirer calmement et je note comment mon corps et mon esprit réagissent : le cœur qui s'emballe, la gorge qui se noue, les images qui défilent. Je n'en mène pas large.

 

Au fil des heures, à intervalle régulier, mes angoisses apparaissent, me paralysent et je réalise que j'ai réellement un sentiment de mort imminente. Je prive mon corps de nourriture, il n'y survivra pas.

 

Et ma peur de l'abandon se profile. Je vois ma mère, ma douleur s'aiguise, elle ne m'a pas désirée, ne m'aime pas, je ne suis pas nourrie par son amour, je ne suis nourrie que d'aliments qui calent l'estomac mais laissent le coeur vide. Je me sens mal aimée, délaissée, abandonnée. Mon coeur saigne, réclame ce dont il a besoin pour battre : de l'amour.

 

Et cet amour, aujourd'hui, je peux me le donner. Je suis même la mieux placée pour cela. 


Petit à petit, je parviens de mieux en mieux à m'apaiser grâce à la respiration, aux exercices de pleine conscience et soudain en fin d'après-midi, j'admets que ces peurs sont tout à fait irrationnelles et que rien de terrible ne peut m'arriver.

 

Le soir, au moment du repas, je me sens même bien plus apaisée et sereine que je ne l'ai jamais été.

 

Quelques jours plus tard, je retrouve ma thérapeute munie de mon carnet de notes et ravie d'avoir vécu cette expérience riche en enseignement.

 

En le lisant, elle me dit que mes peurs viennent de croyances qui gangrénaient mon esprit (que je ne pouvais survivre sans l'amour d'une mère, que je devais noyer mes ressentiments pour ne pas les exposer au grand jour et faire éclater certaines vérités, que j'étais une enfant ingrate...) et qu'en laissant la parole à mon corps et non à ma tête, j'étais parvenue à dépasser mes peurs et à démonter ces croyances désormais obsolètes.

 

Depuis ce jour, mon rapport à la faim a littéralement changé et désormais, à chaque fois que mes angoisses resurgissent, je sais comment les calmer autrement qu'en mangeant.

 

Je sais aussi que tout est un éternel recommencement et lorsque je me sens de nouveau aspirée par mes croyances, je reprends ce simple exercice de jeûn, sur quelques heures seulement (inutile de le poursuivre toute une journée. A présent quelques heures suffisent à retrouver confiance en moi).

 

Affronter ses peurs, comprendre leur origine nous permet vraiment de changer notre attitude face à elles. C'est ce que j'ai fait et je sais aujourd'hui que je suis parvenue de moi-même à changer un comportement mauvais pour moi.

 

 

 

 

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gildedwingbutterfly 11/04/2016 15:42

Merci d'avoir partagé cette expérience, je suis tombée dessus par hasard en recherchant les mots 'peur d'avoir faim' sur google. Ton article m'a touchée et les larmes ont coulées. Je cherche moi aussi pourquoi j'ai tout le temps peur d'avoir faim car je mange trop à cause de cela. Et je me suis rendue compte que les seuls moments ou je n'ai pas peur d'avoir faim c'est quand je suis entourée des personnes que j'aime. Comme si je me nourrissais de leur amour et que sans eux leur amour me manquait et que j'essayais de compenser en grignotant... maintenant il me reste à trouver une autre manière de compenser... pas facile... j pense que je vais essayer ton expérience, peut être que ça va m'aider à trouver des solutions de me retrouver face au problème tant redouté!

Paski 19/08/2012 11:56

Wahou ! C'est super intéressant ce que tu écris !! Ca résonne fort en moi ! J'ai toujours la peur de manquer, qui se rapproche de ton ressenti. Les causes en sont sûrement différentes mais je n'ai
toujours pas mis le doigt dessus.
Merci de ton témoignage, encore une fois !

teparlerdemavie 19/08/2012 14:16



Merci à toi Paski.


Bises



La Ronde 06/08/2012 16:07

Comme ça me parle, voilà des larmes qui coulent...

Je ne suis pas sûre d'être prête à tenter l'expérience toute seule. Une soirée, ça a déjà été terrible. Même si, au final, je me suis rendue compte, toute seule, que ce n'était rien de grave.

Bravo pour ton progrès ! :-)

teparlerdemavie 07/08/2012 19:07



Merci. C'est un exercice qui n'est pas facile mais tellement révélateur. 


Bises.



MoO 03/08/2012 21:08

Un texte poignant, qui me prend aux tripes et qui me rappelle mon existence et mes "compulsions".

J'admire le courage qu'il t'a fallu pour affronter cette réalité !
Bravo

teparlerdemavie 03/08/2012 21:25



Merci MoO



Fée Line 03/08/2012 13:23

bonjour...
votre titre m'a interpellé... je me suis dit qu'il fallait du courage aussi, pour en parler ainsi...
je vous ai lu attentivement, et je trouve remarquable que vous ayez choisi d'affronter une telle peur, et que vous ayez trouvé par vous même les issues positives de cette journée sans manger...
bravo à vous !
bon courage pour la suite !

Fée Line

teparlerdemavie 03/08/2012 21:28



Merci Féé line


Je veux m'en sortir et me sentir mieux et je savais que ça devait passer par ce genre d'épreuve et de révélations. J'avais besoin de réponses à mes questions pour me sortir des complusions.


Bises



Myrtille 03/08/2012 12:27

je suis très heureuse pour toi et je vois que tu progresses bravo ;)
ce sont souvent des manques ..des douleurs ravivées dans notre enfance ..qui font nos desequilibres d'aujourd'hui ...
les parents devraient apprendre à être parents avant de l'etre ......parce que parfois ils font BEAUCOUP de dégats :( et que c'est à l'adulte devenu de se reparer ..et non sans mal ..
c'est bien que tu ais trouvé une therapeute qui a l'air d'etre tres competente et ..aimante ..
et c'est bien aussi que tu te permettes (enfin ?) de t'aimer et de prendre soin de toi ;)
ce n'est pas chose facile quand on a eu des manques ..de savoir prendre soin de soi et de s'aimer et de se le permettre ..
bien à toi

teparlerdemavie 03/08/2012 21:29



Merci beaucoup myrtille, tes mots me touchent.


Bises



Lilly rose 03/08/2012 11:22

expérience très interessante, je vais la tenter dès que je m'en sentirais capable...bisous

teparlerdemavie 03/08/2012 21:30



Oui, le plus important dans une expérience, c'est qu'elle apporte des réponses. Et ce fut le cas!


Bises